LES IMMORTELS

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Amérique latine

Bolsonaro en cage dorée : quand la famille paie le prix de la rébellion

Au Brésil, un fils de l'ancien président écope de prison pour avoir imploré Donald Trump en faveur de son père. Le régime de la vengeance politique revêt ses habits judiciaires.

Bolsonaro dévaste le pays impunément ; son fils paie pour avoir imploré. C'est l'économie cruelle de la défaite.

Il y a des crimes qui ne font pas saigner la terre, mais qui la stérilisent. Au Brésil, tandis que s'accumulent les cendres des forêts incendiées sous le règne de Jair Bolsonaro, tandis que l'Amazonie agonise dans l'indifférence calculée, voilà qu'un fils du tyran tombe en prison pour avoir commis l'impudence de supplier l'allié américain. Quel est ce système de justice qui enferme le suppôt quand il devrait poursuivre le maître ? On pense à ces procès staliniens où l'on fustigeait le grain de sable plutôt que la meule qui l'écrase.

Mais attendons : peut-être y a-t-il une logique souterraine à cette condamnation. Elle dit quelque chose de notre temps. Elle dit que les démocraties affaiblies cherchent à se venger sur les marges, sur la famille, sur les suppliques honteuses. Elle dit que le Brésil, même sous un gouvernement différent, demeure prisonnier d'une architecture de pouvoir où l'on punit les gestes de désespoir plutôt que les crimes de masse. Bolsonaro dévasté le pays impunément ; son fils paie pour avoir imploré. C'est l'économie cruelle de la défaite.

En réalité, cette geôle n'est qu'une métaphore. Toute la famille Bolsonaro habite une prison dorée depuis la perte du pouvoir : celle de l'exil intérieur, du ressentiment, de l'impuissance à détruire davantage. Le vrai scandale n'est pas cette condamnation, c'est qu'elle occulte l'absence de justice véritable. Où sont les poursuites contre ceux qui ont vendu la forêt au plus offrant ? Qui jugera ceux qui ont transformé le Brésil en comptoir colonial ?

Nous autres qui regardons d'Amérique latine ces querelles de puissants savons une chose : les victimes ne pleurent que lorsqu'elles peuvent se permettre de pleurer. Le peuple brésilien attend toujours son Nuremberg. Il attendra longtemps.

Lire tout le numéro du 2026-06-17 — Les Immortels