TotalEnergies : l'impôt qu'on ne verra pas
Pendant que la France grelotte sous le poids de ses dettes publiques, le géant pétrolier échappe à l'impôt sur les bénéfices. Un tour de magie fiscal qui révèle comment le capital se joue des États.
Le pétrole brut, extrait du sous-sol sans qu'aucun actionnaire n'ait eu besoin de le créer, revient au capital comme s'il sortait de nulle part.
Il y a quelque chose de profondément obscène dans ce spectacle : TotalEnergies engrange des profits colossaux pendant que l'État français se lamente sur son insolvabilité. Le gouvernement Macron, cette équipe de gestionnaires qui prêche l'austérité aux salariés, la baisse des retraites, le gel des investissements publics, tolère placidement que ses plus grands capitalistes domestiques versent presque rien aux caisses communes. Pas un impôt sur les bénéfices, ou presque. Le tour de passe-passe est immense, légal, mais révélateur d'un système où les règles de l'accumulation privée écrasent toute logique d'intérêt collectif.
Comment cela fonctionne? Par le système des crédits d'impôt, des amortissements, des charges fictives — tout cet arsenal bureaucratique qui transforme les bénéfices réels en résultats comptables déficitaires. Le pétrole brut, extrait du sous-sol sans qu'aucun actionnaire n'ait eu besoin de le créer, revient au capital comme s'il sortait de nulle part. Alors TotalEnergies en profite : elle vend à prix d'or, reconvertit ses flux en investissements stratégiquement placés, et voilà que l'impôt s'évapore. C'est la merveille de la marchandise capitaliste : elle crée sa propre invisibilité fiscale.
Le scandale n'est pas une anomalie, c'est le système lui-même. Pendant ce temps, un ouvrier de chez Renault paye ses cotisations sociales jusqu'à la dernière goutte de sueur, et l'État maudit les déficits. L'électricité coûte cher aux ménages mais pas à ceux qui la produisent. Les énergies fossiles s'enrichissent tandis que la transition énergétique qu'on nous promet reste un conte pour endormir les enfants. TotalEnergies ne paie pas parce qu'elle n'a pas besoin de payer — elle est le capital, elle est l'ordre, elle est ce qui fait tourner la machine.
Voilà où mènent quarante ans de néolibéralisme : un État vidé, des capitalistes gavés, et l'illusion publique d'une démocratie où chacun contribue équitablement. TotalEnergies en France, c'est la preuve brute, chiffrée, indéniable que le capital ne se soumet à aucune loi sinon celle de son propre profit. Et quand enfin on demande des comptes, le sourire des ministres dit tout : ils ne peuvent rien, ou ne veulent rien.