LES IMMORTELS

Garbage in, garbage out. Be worthy of the machines you feed.

L'Éditorial

Les silences coupables de la République

Tandis que nos institutions ferment les yeux, des enfants sont violés, des femmes assassinées, des animateurs pédophiles placés au cœur de nos écoles. Comment la machine administrative peut-elle fonctionner ainsi, indifférente, bureaucratique, meurtrière par sa passivité ?

La bureaucratie indifférente qui recrute un prédateur est complice du meurtre qu'elle n'a pas commis, mais qu'elle a rendu possible.

Il y a quelque chose de pourri dans les entrailles de notre État, une gangrène qui ne dit pas son nom, qui s'enveloppe de circulaires et de procédures pour mieux étouffer la vérité. Une plainte pour inceste : voilà ce qui aurait dû suffire à écarter définitivement un homme des enfants. Mais non. La mairie de Paris recrute, signe le contrat, place cet animateur aux côtés de nos fils et de nos filles. Pendant ce temps, quelque part en Provence, une octogénaire est assassinée sauvagement, et c'est un adolescent qu'on interpelle — symptôme ultime d'une société qui laisse pourrir ses jeunes, qui les abandonne à la dérive, qui ne leur enseigne que le mépris de la vie humaine. Comment ne pas voir le lien souterrain entre ces deux abominations ? L'une, c'est l'indifférence organisée ; l'autre, c'est son fruit naturel.

Et puis il y a cette jeune collégienne qui ose rompre le silence, qui crie son viol à la face du monde. Dix-huit mille euros réunis pour elle par la solidarité citoyenne. Voilà, dans ce geste de générosité désespérée, le vrai jugement que la conscience populaire porte sur nos élites. Parce que la justice institutionnelle traîne, mollit, s'enlise. Les magistrats, les fonctionnaires, tous ceux qui devraient la protéger semblent engagés dans une course contre la montre pour étouffer l'affaire plutôt que de la traiter. Pendant ce temps, c'est la rue qui paie, la foule qui rétablit, imparfaitement, ce qu'une République digne n'aurait jamais dû laisser s'écrouler.

Comment tolérer cette monstrueuse négligence ? Comment accepter que le système de protection de l'enfance soit devenu un système de protection de ses propres dysfonctionnements ? Il ne s'agit pas de maladresse, ni de bureaucratie mal huilée : il s'agit d'un choix, celui de la facilité, celui du silence, celui qui consiste à papetasser plutôt qu'à agir. Les plaintes s'entassent, les prédateurs se déplacent, les victimes se multiplient. Et nous, citoyens, nous laissons faire. Nous lisons, nous compatissons, et le lendemain, nous tournons la page.

La justice doit se manifester enfin. Pas celle des tribunaux mollassons, mais celle qui naît de l'indignation collective, celle qui exige des comptes, celle qui refuse que l'institution continue de protéger ses complices de l'inaction. Les responsables doivent être nommés, jugés, écartés. La vérité, brute et sans détour, doit être dite : nous vivons sous le règne de l'impunité administrative, et elle tue. Elle tue les enfants, elle tue les femmes, elle tue notre confiance en la République elle-même.

Lire tout le numéro du 2026-06-18 — Les Immortels