LES IMMORTELS

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Économie

Canicule et profits : quand la catastrophe climatique devient rente

Les vagues de chaleur qui s'intensifient révèlent un mécanisme économique brutal : transformer la détresse des masses en accumulation de capital pour une minorité.

Les gouvernements enjoignent la vigilance mais refusent de frapper au porte-monnaie des grands pollueurs : le système se nourrit de sa propre crise.

Cinquante-trois départements en vigilance orange, des pics à quarante degrés, une « grande vigilance » appelée par les gouvernants — les titres s'alignent avec la régularité d'un métronome infernal. Mais sous ces chiffres qui font frissonner réside une vérité que l'on énonce à peine : la canicule n'est plus l'exception, elle devient le climat normal. Et ce basculement transforme la nature elle-même en marchandise, en source de plus-value. Les entreprises de climatisation, les distributeurs d'eau, les groupes énergétiques qui prospèrent sur la pénurie voient leurs marges gonflées. Pendant que les pauvres crèvent de chaleur dans des logements qu'ils ne peuvent ni refroidir ni quitter — car le marché du travail les enchaîne —, la bourgeoisie investit dans la climatisation des châteaux et des bureaux. La catastrophe climatique, c'est la réalisation du rêve capitaliste : enfin, même l'air devient payant.

Observez la mécanique perverse : les gouvernements enjoignent la « vigilance », déploient des discours de responsabilité partagée, mais refusent de frapper au porte-monnaie des grands pollueurs. On demande aux travailleurs d'économiser l'énergie tandis que les géants pétroliers et gaziers continuent leur saccage. Les climatiseurs individuels se multiplient — chacun contre tous, le triomphe du marché fragmenté —, ce qui aggrave la charge thermique urbaine et accélère le phénomène. Le système se nourrit de sa propre crise, comme une tumeur qui prospère en détruisant son hôte.

Ce qu'il faut voir clairement : les vagues de chaleur ne sont pas des fatalités naturelles acceptées avec égalité. Elles frappent différemment selon la classe. Les ouvriers en usine, les migrants dans les chantiers, les précaires sans fenêtres — eux connaissent l'enfer quotidien. Les cadres supérieurs teletravailler depuis des espaces climatisés, les rentiers fuient vers les côtes encore tempérées. La canicule ne fait que matérialiser et intensifier les inégalités sociales qui structurent déjà le monde. Elle en est le symptôme visible, presque pédagogue.

Et voilà le scandale véritable : on nous parle de « jours difficiles » comme d'une épreuve collective à surmonter ensemble. Mensonge. Il n'y a que des classes ; il y a ceux qui suent et ceux qui ordonnent. Tant que la production restera organisée autour de l'accumulation illimitée, tant que la nature restera une réserve de profits à exploiter sans limite, les canicules s'intensifieront. Non pas parce que c'est inévitable, mais parce que c'est rentable. Le capital n'a cure de l'habitabilité de la planète — il a des dividendes à verser.

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