La canicule, révélateur de nos fragilités organisées
Tandis que la France étouffe sous des records de chaleur mensuels, l'État repousse les examens du baccalauréat et ferme les écoles. Un geste humain, certes, mais qui expose surtout l'impréparation systémique d'une nation face aux crises climatiques inévitables.
Nous repoussons des examens plutôt que de nous demander pourquoi nos bâtiments publics ne sont pas conçus pour supporter quarante-cinq degrés.
Voilà une semaine où la thermomère crève ses plafonds : vingt-quatre records mensuels de température battus en un seul jour sur le territoire français. C'est un chiffre qui devrait glacer les sang-froid des décideurs. Et pourtant, nous assistons à un spectacle pitoyable d'improvisation. Les autorités reportent les épreuves orales du baccalauréat dans les académies de Bordeaux, Lyon, Montpellier, Poitiers et Nantes ; elles ferment les écoles ; elles émettent des consignes de vigilance pour la Fête de la musique et les événements sportifs. Voilà l'essentiel : des pansements sur une blessure béante, des remèdes d'urgence quand il faudrait prévention et architecture profonde.
Car enfin, qu'est-ce que cela révèle ? Que nous construisons encore nos écoles sans climatisation d'ampleur raisonnable, que nous échelonnons nos examens sans prévoir les assauts saisonniers du climat, que nous organisons la vie publique comme si le monde n'avait pas changé. Les sociétés anciennes, elles, savaient le poids de la chaleur ; elles structuraient l'existence autour de ses rythmes. Nous, nous croyons pouvoir le nier, le contourner par des mesures d'exception répétées chaque année davantage. C'est une forme d'aveuglement volontaire, systémique, institutionnalisé.
Ce qui m'indigne, c'est moins la canicule elle-même—les phénomènes climatiques sont ce qu'ils sont—que notre incapacité collective à en tirer les conséquences. Nous repoussons des examens plutôt que de nous demander pourquoi nos bâtiments publics ne sont pas conçus pour supporter quarante-cinq degrés. Nous mettons en alerte sanitaire plutôt que de réformer en profondeur l'organisation du travail et de l'école. C'est la gestion de la misère au lieu de la prévention de la crise.
À la vérité, ces records de chaleur sont devenus des repères ordinaires, presque des événements rituels. Demain sera pire. Et la semaine prochaine pire encore. Il nous faudrait, à la fin, du courage politique—ce courage de dire que rien ne peut rester comme avant, que l'État doit investir massivement et immédiatement dans la résilience climatique de nos institutions. Au lieu de cela, on repousse un examen. C'est la différence entre guérir et survivre. Et je crains que nous n'ayons choisi la survie.
Source : Carbon Majors (InfluenceMap) — la liste complète des 178 producteurs (entreprises et États)