LES IMMORTELS

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Politique

La Pologne, carrefour des droites européennes : quand l'extrême cherche sa légitimité

Jordan Bardella rêve d'unifier les droites et extrêmes droites du continent. C'est à Varsovie qu'il expose ce projet. Mais cette quête d'une architecture politique nouvelle révèle surtout la fragilité idéologique d'un mouvement qui ne peut survivre que fragmenté.

Les coalitions fondées sur le seul ressentiment s'effondrent dès que le ressentiment s'apaise.

Voilà un symptôme qui mérite attention : c'est en Pologne, auprès du Droit et Justice et de ses alliés conservateurs, que l'extrême droite française vient quérir ses lettres de noblesse. Jordan Bardella, président du Rassemblement national, y proclame son rêve d'une union des droites européennes. L'acte est révélateur. Il dit que l'extrême droite, après des décennies de marginalisation, cherche à se faire reconnaître comme force respectable de gouvernement — non en reniant son essence, mais en la normalisant, en la dissolvant dans une grande « famille conservatrice » qui l'absorberait et légitimerait.

Or, cette manœuvre ne peut réussir que si elle reste vague. Car qu'y a-t-il de commun entre les nationalismes de Varsovie, les souverainetés concurrentes de Budapest, les ambitions conquérantes de Rome et les revanches électorales de Paris ? Rien d'autre que le rejet — rejet de Bruxelles, rejet de l'immigration, rejet de ce qu'on appelle pudiquement « l'ordre libéral ». C'est l'absence d'une conviction partagée qui caractérise cette union prétendue. Ces hommes peuvent-ils vraiment s'unir autour de quelque chose de constructif ? Ou seulement autour de ce qu'ils combattent ?

L'histoire politique nous l'a mille fois enseigné : les coalitions fondées sur le seul ressentiment s'effondrent dès que le ressentiment s'apaise. Et dès qu'on passe de la critique à la responsabilité, les petits nationalismes écrasent les grandes promesses. La Pologne de Duda et celle de Kaczyński regardent vers l'Est avec inquiétude ; la France de Bardella rêve de puissance retrouvée ; l'Italie de Meloni cultive ses gloires passées. Ces regards divergents ne convergent que pour quelques années — le temps de défaire un ordre qu'aucun n'a vraiment la force de remplacer.

Ce qui devrait nous préoccuper n'est donc pas tant cette tentative d'alliance que ce qu'elle révèle de la crise de sens politique en Europe. Quand les droites légitimes, usées par le pouvoir, ne trouvent plus de mots pour parler de l'avenir, quand la gauche progressiste doute d'elle-même, l'extrême se présente comme solution par pure négation. Et c'est vrai : elle parvient à mobiliser. Mais mobiliser contre n'est jamais mobiliser pour. Une démocratie vivante réclame qu'on lui propose autre chose que des cauchemars partagés.

Source : Carbon Majors (InfluenceMap) — la liste complète des 178 producteurs (entreprises et États)

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