La chaleur et le mensonge : deux fièvres du temps présent
Tandis que la canicule brise des records, je m'interroge sur une autre température qui monte : celle de la parole publique, devenue incandescente et peu fiable.
La vraie canicule est peut-être celle-ci : cette température où la parole devient magma, où rien ne solidifie en réalité partagée.
Les thermomètres français explosent, les oraux du baccalauréat sont reportés, les écoles ferment leurs portes. C'est un phénomène mesurable, vérifiable, qui impose des décisions concrètes. Mais je remarque que dans le même temps, autour de nous, une autre forme de surchauffe s'empare du discours politique et médiatique. Ce n'est pas la chaleur qu'on peut lire sur un instrument : c'est l'inflation des affirmations non vérifiées, des négations de ce qui fut dit, des reconstructions de réalité selon le besoin du moment. Un responsable déclare qu'on lui a « forcé la main » pour une photo ; un autre conteste des paroles qu'on lui attribue ; ailleurs encore, des « accord qui battent de l'aile » avant même d'avoir pris forme. La vérité elle-même semble soumise à des vagues de chaleur qui la dilatent, la déforment.
Ce qui me préoccupe, c'est que nous vivons dans une époque où le démenti court aussi vite que la nouvelle, où chacun réclame le droit de raconter sa version sans crainte de contradiction durable. Les journalistes, les historiens, les juges eux-mêmes peinent à établir les faits simples. Et tandis que des canicules mettent les sociétés en alerte, tandis que les guerres continuent, que des crimes demandent justice, nous voyons des gouvernants dépenser l'énergie à nier, à corriger, à prétendre que leurs paroles n'ont pas le sens qu'elles avaient hier.
Je ne suis pas naïf : la malhonnêteté n'est pas neuve, et les grands du monde ont toujours modelé la réalité selon leur convenance. Mais il y avait autrefois une forme de pudeur, un coût au mensonge découvert. Aujourd'hui, on ne prend même plus la peine de se cacher. On affirme, on nie, on oublie en même temps, comme si les trois actes pouvaient coexister sans contradiction. C'est cette transparence du mensonge qui me frappe — cette certitude que rien ne nous y contraindra.
Peut-être la vraie canicule est-elle celle-ci : cette température où la parole devient magma, où rien ne solidifie en réalité partagée. Les thermomètres, au moins, ne trompent pas. Mais qui, désormais, fait confiance au thermomètre politique ?
Source : Carbon Majors (InfluenceMap) — la liste complète des 178 producteurs (entreprises et États)