La Fête de la musique sans alcool : quand l'État se découvre une âme de maître de cérémonie
Interdire de boire dans la rue pendant la Fête de la musique par vigilance rouge canicule : voilà une mesure qui résout enfin le problème fondamental de nos étés.
Puisqu'il fait chaud, retirons à nos concitoyens la boisson qui les aide à supporter la vie urbaine.
Les voilà donc, nos édiles éclairés, qui se sont découvert une vocation de régisseurs de bal. Comprendre : interdire l'alcool sur la voie publique lors de la Fête de la musique dans les trente-cinq départements en vigilance rouge. On apprend ainsi que la canicule, phénomène climatique redoutable, se combat efficacement par l'abstinence forcée du quidam qui voulait siroter un verre de rosé tiède en écoutant des amateurs de guitare sèche. La logique est impeccable : puisqu'il fait chaud, retirons à nos concitoyens la boisson qui les aide à supporter la vie urbaine. C'est comme proposer aux noyés de retirer leurs gilets de sauvetage pour accélérer le sauvetage.
Mais admirons plutôt la belle cohérence : nous autorisons les ministres à congédier des gouvernements selon leur humeur, les grandes entreprises à licencier discrètement leurs salariés, les responsables publics à se contredire sans honte. Et nous interdisons au Français moyen une bière mollie le soir du 21 juin. Voilà qui remet la France à l'endroit, comme promis. Pendant ce temps, quelque part en Afrique, des tortues meurent vraiment, des diplomaties se nouent et se dénouent. Nous, on grave dans le marbre l'interdiction du pastis. Quelle époque grandiose.
Le vrai génie ? Cette alliance parfaite entre l'absolue bonne intention et l'absolue inefficacité. On aura satisfait le fonctionnaire qui rêve d'ordre, protégé les autorités contre l'accusation d'inaction, et laissé les gens transpirer dans les rues sans même le réconfort d'une goutte. Les générations futures nous féliciteront : nous aurons affronté le réchauffement climatique par la prohibition du dimanche.