LES IMMORTELS

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Politique

Marronnier — un sujet que la presse revisite chaque saison Les vingt-six millions qui restent

Alors que trente-cinq départements basculaient en vigilance rouge cette semaine, on a mesuré ce que nous sommes vraiment : une nation capable de tenir ses promesses aux plus fragiles, ou une société qui les abandonne aux heures chaudes.

La canicule, voyez-vous, n'est jamais un phénomène neutre : elle révèle les fractures d'une société.

Vingt-six millions de personnes sous alerte. Ce chiffre devrait nous arrêter. Il ne s'agit pas là d'une abstraction statistique, mais du visage de la France — celui des vieillards isolés dans des studios sans climatisation, des sans-abri cherchant l'ombre, des travailleurs précaires condamnés à peiner sous le soleil pour subsister, des enfants des quartiers populaires dont les cours d'école deviennent des fours. La canicule, voyez-vous, n'est jamais un phénomène neutre : elle sépare ceux qui peuvent fuir vers leurs maisons de campagne de ceux qui demeurent, immobiles et exposés. Elle révèle les fractures d'une société.

Ce qui me frappe, c'est que nous sachions désormais. Les services de santé l'affirment avec gravité : le système doit tenir. Tenir — ce mot dit tout. Il ne s'agit plus de guérir quelques cas d'insolation, mais de maintenir debout une structure hospitalière et sociale mise à l'épreuve. Et cela exige bien davantage que des protocoles d'alerte : cela exige que nous ayons su construire, au fil des années, les filets de sécurité qui retiennent les plus vulnérables. Des logements décents. Des services publics de proximité. Une médecine générale maillant le territoire. Or, ces fondations se sont lézardées.

La Fête de la musique, cette belle invention qui doit ravir les rues et les cœurs, s'est vue encadrer par l'interdiction de boire de l'alcool dans les départements en vigilance rouge. Mesure de simple bon sens ou symbole involontaire d'une République qui, face à ses épreuves, préfère parfois l'interdit au renforcement du service public ? Je me pose la question sans malveillance. On peut comprendre l'urgence ; mais on doit aussi se demander : si la canicule nous oblige à restreindre les libertés, ne nous oblige-t-elle pas d'abord à renforcer massivement nos capacités à protéger les faibles ?

C'est dans ces moments-là que la politique montre sa vraie nature. Ou nous bâtissons une République assez forte et assez juste pour que chacun survive à ses épreuves naturelles — investissements massifs, droit au logement, services publics restaurés, justice climatique —, ou nous acceptons que chaque canicule soit un tri social où les pauvres payent le prix de notre inaction. Il n'y a pas de tiers choix. La canicule revient ; elle sera plus forte demain. Ce que nous faisons aujourd'hui, c'est construire la France de demain.

Lire tout le numéro du 2026-06-21 — Les Immortels