LES IMMORTELS

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Politique

Marronnier — un sujet que la presse revisite chaque saison Quand la chaleur détourne les peuples de leurs guerres

Tandis que les diplomates américains et iraniens se rencontrent en Suisse, la canicule ravage l'Europe. Un rappel brutal que les vraies menaces à l'humanité ne sont pas toujours celles qui s'échangent par messages menaçants.

La politique véritable consisterait à comprendre que nos vrais adversaires ne sont pas toujours les nations d'en face, mais les forces aveugles que nous avons nous-mêmes libérées.

Il y a quelque chose d'ironie, sinon de tragédie, dans le spectacle de nos jours : pendant que Donald Trump menace l'Iran sur le détroit d'Ormuz, que les négociateurs pesent chaque mot comme on manie des armes, la France se recroqueville sous une chaleur qui dépasse les quarante degrés. Les trains s'arrêtent. Les écoles ferment leurs portes. Les autorités sanitaires appellent au secours. Et nous voilà occupés à nous battre contre l'atmosphère elle-même — cette bataille-là, on ne peut pas la négocier, on ne peut pas l'esquiver par la diplomatie ou la menace.

N'entendons pas mal : je ne méprise ni les enjeux géopolitiques ni la nécessité de parler ferme quand les intérêts des peuples sont en jeu. Mais regardons les choses en face. Ces canicules qui deviennent record, qui s'inscrivent dans une suite ininterrompue d'étés meurtriers, ces perturbations du vivant qui menaçaient déjà nos savants depuis des décennies — voilà l'ennemi qui ne discute pas, qui ne négocie pas, qui frappe sans prévenir à Poitiers comme à Saintes, en Ile-de-France comme aux Landes. C'est une guerre silencieuse, mais elle tue. Elle ravage les récoltes. Elle fait vaciller les économies. Et pendant ce temps, nous continuons de nous dresser les uns contre les autres comme si l'ordre du monde dépendait de qui parlera le plus fort.

La politique véritable, celle qui mérite ce nom, consisterait à comprendre que nos vrais adversaires ne sont pas toujours les nations d'en face, mais parfois les forces aveugles que nous avons nous-mêmes libérées. Quand la Suisse accueille ces pourparlers entre grandes puissances, on souhaiterait que ces hommes, avant de se menacer réciproquement, regardent par la fenêtre : voient-ils cette chaleur monstrueuse qui monte ? Comprennent-ils que les tranchées qu'on creuse aujourd'hui, la course aux armements qu'on relance, l'orgueil qu'on cultive, tout cela appartient à un monde en train de basculer ?

Il ne s'agit pas de renoncer à défendre ses peuples, ses valeurs, ses frontières. Mais il s'agit de distinguer l'urgence réelle de l'urgence fabriquée. Et l'urgence réelle, elle est à nos portes. Elle fond sur nous avec la régularité des saisons qui se dérèglent. Tant que nos diplomates continueront de s'échanger des menaces comme des balles de fusil, tandis que la civilisation elle-même étouffe sous son propre poids, nous aurons manqué l'essentiel. Le vrai pouvoir, le vrai courage politique, c'est de tourner ensemble le visage vers ce qui nous menace vraiment — et c'est un visage sans nationalité.

Lire tout le numéro du 2026-06-22 — Les Immortels