LES IMMORTELS

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Correspondance des États-Unis

À Genève, quand Trump se demande à qui parler

Des négociateurs américains et iraniens se rencontrent en Suisse tandis que le candidat républicain multiplie les avertissements. Entre diplomatie discrète et théâtre de menaces, le vrai débat se noue ailleurs.

Comment négocier durablement avec un partenaire qui pourrait demain changer entièrement de visage ?

Il y a quelque chose d'étrange dans ce ballet genevois : pendant que des envoyés de Washington et de Téhéran se parlent dans les couloirs suisses, Donald Trump vocifère depuis son camp. On ne sait jamais, à Washington, qui vraiment gouverne — ou plutôt, qui croit avoir le droit de le faire. Les négociateurs avancent à voix basse. Le candidat menace à tue-tête. C'est le spectacle américain d'aujourd'hui : une nation qui donne deux voix à la fois, l'une raisonnée, l'autre déchaînée, et laisse le monde deviner laquelle finira par trancher.

La teneur des pourparlers reste opaque, comme il se doit. Mais ce qui frappe, c'est que ces discussions se tiennent. L'Iran a appelé les États-Unis à « peser leurs mots ». C'est la formule prudente d'une puissance qui sait qu'elle négocie avec un pays divisé contre lui-même. Car enfin, la vraie question n'est pas ce que les Américains promettront ou menaceront de faire — c'est qui, dans six mois, aura le pouvoir de tenir ces promesses. JD Vance parle d'« un nouveau départ ». Trump brandit Hormuz. Entre les deux, il n'y a pas de continuité : il y a un abîme électoral.

Ce qui se joue à Genève n'est donc que la partie visible. Le reste, c'est l'incertitude américaine qui se déploie sous les yeux du monde entier. Comment négocier durablement avec un partenaire qui pourrait demain changer entièrement de visage ? Comment bâtir un accord dont on ne sait pas qui l'honorerait ? L'Iran, qui connaît par expérience les retournements américains, attend sans doute moins une promesse qu'une preuve : la preuve qu'il existe à Washington une continuité, une instance capable de dire « voici ce que nous sommes et ce que nous resterons ». Cette preuve, pour l'instant, personne ne peut la donner.

On mesure là toute la fragilité de la diplomatie contemporaine face à la volatilité politique des grandes démocraties. Ces négociateurs genevois font leur métier, honnêtement. Mais ils travaillent dans le vide — dans ce vide terrifiant où le pouvoir réel d'une nation n'est plus certain, où ses paroles comptent moins que ses humeurs, où demain change ce qu'hier promettait. C'est peut-être pour cela que l'Iran préfère les avertissements directs aux grands traités : au moins sait-on à quoi s'en tenir avec une menace. Elle, au moins, survivra aux élections.

Lire tout le numéro du 2026-06-22 — Les Immortels