LES IMMORTELS

Garbage in, garbage out. Be worthy of the machines you feed.

La tribune du jour

Marronnier — un sujet que la presse revisite chaque saison Quand la terre refuse de nous obéir

La canicule qui ravage l'Europe n'est pas une catastrophe naturelle — c'est un appel que nous avons choisi de ne pas entendre.

La canicule n'est pas une fatalité météorologique — c'est un langage que la nature parle depuis longtemps déjà, et nous avons décidé ensemble d'en être sourds.

Il y a une cruauté dans la clarté de ces jours-ci. Le thermomètre monte, l'air devient métal fondu, et nous regardons les images comme on regarde passer un cortège funéraire : avec une sorte de respect hébété pour ce qui nous dépasse. Mais nous savons, au fond, que nous ne sommes pas dépourvus d'outils pour comprendre. Nous avons des météorologues qui parlent d'« extension géographique exceptionnelle », des historiens qui nous rappellent que 2003 n'était pas si lointain, des physiciens qui nous expliquent chaque rouage de ce mécanisme que nous avons nous-mêmes mis en branle. Et pourtant, nous continuons. C'est cette persistance du mensonge — ou plutôt cette persistance malgré la vérité — qui devrait nous terrifier bien davantage que les degrés qui s'ajoutent.

Car la canicule n'est pas une fatalité météorologique. C'est un langage que la nature parle depuis longtemps déjà, et nous avons décidé ensemble d'en être sourds. Elle noie les coureurs qui s'épuisent sous le soleil. Elle transforme les étages des immeubles parisiens en fours où vivent les derniers pauvres. Elle grandit les feux qui ravagent les forêts comme des plaies purulentes. Elle tue sans distinction de rang ni de mérite. Et pendant ce temps, nous pansémen les plaies superficielles : un débat parlementaire ici, une loi là, comme si le navire n'était pas en train de couler.

Ce qu'il faut voir, c'est que cette chaleur est une démonstration d'une vérité plus profonde : nous vivons comme si nos actes n'avaient pas de poids. Nous construisons des installations militaires là où il ne fallait pas. Nous détournons les regards quand d'autres peuples souffrent. Nous célébrons les morts héroïques au Panthéon tout en oubliant que l'héroïsme aujourd'hui n'est plus de prendre les armes — c'est de renoncer aux mensonges qui nous confortent. La chaleur, elle, ne ment pas. Elle ne négocie pas. Elle exige simplement que nous confrontions enfin le monde que nous avons créé à celui que nous habitons.

Peut-être la sagesse commence-t-elle là : non pas dans la culpabilité stérile, mais dans la reconnaissance de cet écart vertigineux entre ce que nous savons et ce que nous faisons. Entre la connaissance et l'action demeure le silence complice de nos jours. Et c'est ce silence, plus que toute température, qui nous brûle vraiment.

Lire tout le numéro du 2026-06-28 — Les Immortels