De la guerre des douanes au monde à refaire : la diplomatie contre le chaos
La guerre des douanes de Donald Trump n'est qu'un visage d'un monde qui se déstabilise. La revue met l'ébranlement à l'étude à plusieurs voix — et cherche, contre le chaos, le chemin d'une diplomatie, d'institutions et d'un dialogue à refaire, jusqu'à confier l'avenir à la jeunesse qui vient.
Ce qui s'est fracturé peut se recoudre : la jeunesse est la première génération tout entière consciente de ce qui déborde les frontières — et c'est d'elle que naîtront les réponses.
Un geste, ce mois-ci, résume l'époque. Le 1ᵉʳ juillet 2026, les États-Unis ont refusé de reconduire en l'état l'accord de libre-échange qui les lie au Mexique et au Canada ; quelques jours plus tard, ils frappaient le Canada de droits de douane de moitié, jusque sur les marchandises pourtant conformes au traité, cependant que le président raillait l'idée d'en faire le « 51ᵉ État ». La douane, l'instrument technique entre tous, était devenue une arme. Alexandra Kollontaï, qui tient ce mois-ci la rubrique, en avait fait le point de départ ; la direction a voulu qu'on en fasse le seuil d'une réflexion plus vaste.
Car ce n'est là qu'un visage. Autour de lui se pressent tous les autres : les grandes puissances redevenues transactionnelles, les guerres ouvertes et l'emballement des armements, un Conseil de sécurité paralysé par les vetos sur Gaza et l'Ukraine, une ONU privée de moyens, la tentation partout de l'empire, du repli ou de la tutelle. L'ordre né en 1945 craque ; le monde qu'il prétend régir n'est plus celui pour lequel il fut bâti.
Mais la direction n'a pas voulu d'une lamentation. Elle a demandé qu'on regarde cet ébranlement comme un chantier. Il y faut d'abord une conviction : contre le chaos, la diplomatie n'est pas un luxe désuet, mais la seule route. Il y faut ensuite des projets concrets, non des incantations — renforcer et RÉFORMER les institutions communes, en créer de nouvelles là où les problèmes n'ont plus de frontières, donner à l'Europe un rôle qui ne soit ni le repli ni la vassalité, et chercher patiemment les éléments d'un dialogue capable de réconcilier. Aux États-Unis, la société et jusqu'aux familles se sont fracturées ; nous faisons l'hypothèse inverse — ce qui s'est déchiré peut se recoudre —, et nous la tenons pour vraie aussi à l'échelle du monde.
Reste l'enjeu, qui est une espérance. La jeunesse d'aujourd'hui est peut-être la première génération tout entière consciente de problèmes qui débordent de loin les frontières — le climat avant tout. De cette crise majeure émergeront des réponses, des pensées et des projets que nul n'a encore formulés. Que le lecteur suive donc, de voix en voix : la diplomate qui élargit le diagnostic ; le philosophe de la paix perpétuelle qui rebâtit les institutions ; l'esprit européen qui refuse le repli comme la tutelle ; le héros des indépendances qui dresse la dignité des peuples contre l'empire ; et le poète de l'humanité une, qui confie l'avenir à ceux qui viennent.
« La douane comme arme, et tout ce qui déstabilise le monde », par Alexandra Kollontaï
Le 1ᵉʳ juillet 2026, les États-Unis ont refusé de reconduire l'AEUMC en l'état. Ce qui aurait pu rester un incident administratif révèle bien davantage : la douane n'est plus seulement un instrument économique, mais une arme transactionnelle entre mains. Washington frappe le Canada de droits de 50 % sur des marchandises conformes au traité lui-même, réserve ses exemptions aux seules matières qui l'intéressent — énergie, potasse, minerais critiques — et mène des négociations séparées avec le Mexique pour imposer des règles d'origine plus strictes. Pendant ce temps, on raille l'idée d'un Canada devenu le « 51ᵉ État ». Cet épisode n'est pas du théâtre : il incarne une stratégie où les voisins deviennent des pions à mettre en concurrence, où le traité lui-même devient négociable chaque année, où l'interdépendance commerciale qui liait trois nations — quelque 1 600 milliards de dollars en jeu — cesse d'être un tissu de stabilité pour se muer en instrument de pression. C'est le geste d'une puissance qui dit : vos règles ne valent que tant que je le décide.
Mais ce visage de la déstabilisation n'est pas isolé. Il accompagne un monde où les grandes puissances se comportent de plus en plus comme des négociants sans morale, cherchant moins le compromis durable que le gain transactionnel. En Ukraine, au Proche-Orient, les guerres ouvertes se perpétuent ; les budgets militaires s'emballent ; le recours unilatéral à la force s'y normalise. Le Conseil de sécurité de l'ONU, conçu en 1945 pour extirper l'humanité du chaos, traverse une crise de légitimité : ses cinq membres permanents ne représentent qu'une fraction de la population mondiale, et leurs vetos ont paralysé toute action commune en 2025 sur Gaza comme sur l'Ukraine. L'Organisation elle-même s'étouffe : des États tardent à verser leurs contributions ; les arriérés américains s'accumulent — environ 1,5 milliard au budget ordinaire, 1,2 milliard au budget de maintien de la paix ; Washington propose de nouvelles coupes et mène ses initiatives de paix en dehors du cadre multilatéral. L'ONU80, lancée en mars 2025 pour revitaliser l'Organisation, peine à avancer. Et voilà qu'apparaît en parallèle, comme symptôme, ce « Board of Peace » américain : une instance destinée à contourner l'ONU, l'exact inverse de ce qu'il faudrait.
Il ne s'agit pas de sombrer dans la panique. Le monde a connu des crises d'ordre, et la diplomatie en a toujours été le seul remède — imparfait, lent, laborieux, mais seul remède. J'ai siégé aux tables de négociation entre États que tout divisait : l'intérêt de classe, la géographie, l'idéologie. Jamais, au pire de l'hostilité, nous n'avons cessé de parler. C'est une leçon qu'on oublie trop vite. Se détourner de la diplomatie n'a jamais réglé rien ; c'est plutôt le chemin qui y conduit. Or ce que je vois est précisément une abstention : les puissances se retirent des cadres multilatéraux, réservent leurs énergies à la transaction bilatérale, ou pire encore, à la menace unilatérale. C'est l'inverse de ce qu'exige le moment. Le « Pacte pour l'avenir » adopté en septembre 2024 appelle un Conseil « plus représentatif, inclusif, transparent, efficace et démocratique » et ose évoquer non l'abolition mais la « limitation » du veto. C'est maigre — très maigre. Mais c'est au moins une direction.
L'Europe, elle, sent la bifurcation et s'efforce de la transformer. Depuis 2024-2025, le projet européen quitte ses habits d'union marchande pour endosser ceux d'une puissance géopolitique. Le plan SAFE prévoit jusqu'à 800 milliards d'euros de dépenses de défense ; l'Allemagne s'est lancée dans le réarmement ; un mécanisme multilatéral de défense s'esquisse. C'est l'autonomie stratégique : rester dans l'OTAN, mais ne plus être otage de l'interdépendance instrumentalisée. Reste que cette autonomie bute sur des divisions internes — faut-il acheter européen ? —, et surtout sur la crainte de l'Europe de l'Est : découpler d'avec les États-Unis, n'est-ce pas affaiblir la dissuasion face à la Russie ? Le débat n'est pas tranché, et c'est tant mieux : c'est qu'on y pense. L'opinion européenne, elle, offre un mandat : 77 % voient dans l'invasion russe une menace pour l'Union ; 78 % se disent préoccupés par sa défense. Mais il existe un déficit de légitimité : trop d'Européens ignorent les projets concrets cofinancés par l'UE. Tant que les peuples ne voient pas comment ces décisions les concernent, l'édifice reste fragile.
Ce qui s'y oppose, enfin, n'est pas tant l'absence de solutions que la fracture des volontés. Les démocraties, en particulier aux États-Unis, sont traversées par une polarisation qui gagne jusqu'aux familles ; la défiance envers les institutions nourrit les offres populistes et isolationnistes. C'est le terrain où se joue la bataille du sens. Mais il est aussi celui où émergent des forces moins visibles. La génération qu'on appelle Z — celle de Greta Thunberg devant le Parlement suédois, celle qui a rassemblé des millions d'élèves dans 135 pays sous « Fridays for Future » — pense d'emblée par-delà les frontières. Elle est consciente des enjeux climatiques et planétaires, traversée certes par l'inquiétude, mais aussi par une exigence de justice qui ne se laisse pas contenir dans un État. Sur le climat, du moins, sa préoccupation transcende les clivages politiques. C'est mince, mais c'est une ouverture.
Voilà ce qu'il en est : un monde où les règles s'ébranlent, où les puissances redeviennent transactionnelles, où l'ONU s'étouffe et où le Conseil de sécurité ne dit plus que non. Mais aussi un monde où existent encore, dans le droit, dans les traités, dans le « Pacte pour l'avenir », des promesses d'architecture meilleure ; où l'Europe cherche son autonomie sans renoncer au collectif ; où une jeunesse pense d'emblée planétairement. La diplomatie n'est pas un luxe désuet face au chaos — c'est la seule voie. Non naïve : lucide, consciente des rapports de force, attentive aux solidarités qui traversent les frontières. Refaire le monde n'est pas une phrase creuse — c'est l'affaire de ceux qui refusent que la transaction triomphe de la règle commune, et qui savent que même entre adversaires, on parle toujours mieux qu'on ne s'entrégorge.
« Renforcer, réformer, refonder les institutions », par Emmanuel Kant
L'édifice institutionnel né en 1945 craque sous le poids des réalités qu'il ne peut plus contenir. Le Conseil de sécurité, assis sur cinq permanents et leur droit de veto, s'est révélé incapable de trancher sur Gaza comme sur l'Ukraine — non par faiblesse accidentelle, mais par vice de structure : un ordre conçu pour l'équilibre de deux blocs ne peut fonctionner quand la puissance s'est dispersée. L'ONU elle-même suffoque : ses membres tardent à payer, Washington accumule des arriérés de plusieurs milliards de dollars, et l'Organisation gèle les embauches tandis que les crises se multiplient. Voilà l'état des faits. Mais il ne faut pas en tirer la conclusion que certains en tirent — qu'il convient de déserter le droit commun pour des conseils parallèles, des coalitions ad hoc, la volonté du plus fort. C'est le chemin qui mène droit à l'état de guerre.
La réponse exige trois gestes distincts, que le Pacte pour l'avenir et l'Initiative ONU80 esquissent sans achever. D'abord : financer l'ONU et en faire une institution solide, non d'une charité des États. Ensuite : la réformer graduellement — élargir le Conseil, mieux y représenter l'Afrique, l'Asie, le Sud, limiter (non abolir) le veto sur les crimes contre l'humanité comme certaines propositions l'envisagent. Enfin : créer les institutions qui n'existent pas pour les enjeux sans frontière — climat, migrations, finances, intelligences artificielles — car le droit cosmopolite ne consiste pas à tout ramener à New York, mais à bâtir partout des cadres que la raison commune reconnaît comme légitimes.
Le piège guette : croire qu'on peut « refaire le monde » par décret d'un seul acteur, ou par des instances parallèles qui contourneraient le droit pour accélérer la paix. Trump a brandi son « Board of Peace » comme antidote à l'ONU ; c'est à rebours de toute sagesse politique. L'ordre s'édifie lentement, par consentement, ou se désagrège par la force. Que les sociétés démocratiques soient fracturées, c'est vrai ; qu'elles demandent du renouvellement, aussi. Mais le renouvellement des institutions passe par leur réforme patiente, non par leur contournement — et cela suppose que les puissances permanentes acceptent de partager leur influence. C'est exigeant. C'est possible. L'inverse ne l'est pas.
« L’Europe entre le repli, la tutelle et un rôle à elle », par Germaine de Staël
L'Europe en 2026 franchit un seuil qu'elle redoutait et que l'histoire lui impose : celle de puissance. Non par ambition conquérante, mais par nécessité de survie. Longtemps, ce continent s'était persuadé que le marché commun et l'échange pacifique des biens suffiraient à effacer les cicatrices de ses guerres. Il se trompait. Voilà qu'on le rappelle à l'ordre : les tarifs douaniers américains qui frappent le Canada — et menacent déjà les alliés — ne sont plus des instruments économiques, mais des armes de diplomatie coercitive. L'ONU, paralysée par ses propres vetos, montre son impuissance. Et l'ordre multilatéral, né des cendres de 1945, s'effrite sous nos yeux. L'Europe ne peut rester spectatrice de ce monde qui se « refait » selon la volonté des puissances qui ne respectent plus les règles. Elle doit donc choisir : ou bien se replier, craignant ses voisins, se cadenasser dans un nationalisme frileuk qui serait sa propre défaite ; ou bien accepter une tutelle perpétuelle, déléguant à d'autres le soin de décider de sa paix et de sa guerre. Ni l'un ni l'autre.
Entre ces deux abîmes — le repli et la vassalité — existe une troisième voie, qui est aussi l'unique digne. C'est celle que l'Europe cherche : des capacités de défense communes, oui, mais sans transformer le continent en forteresse ; une « autonomie stratégique ouverte » qui renforce sa résilience sans la refermer sur elle-même. Les plans émergents — ce « Re-Arm Europe » qui mobilise des centaines de milliards, les nouveaux mécanismes multilatéraux de défense — sont des signes sérieux. Mais ici gît un péril que je ne puis taire : l'opinion européenne soutient cette indépendance à 77, 78 pour cent. Or la majorité ignore les projets concrets qu'on finance en son nom. Une puissance qui ne sait pas qu'elle se constitue est une puissance fragile, exposée aux sirènes du populisme qui criaient qu'on lui vole son argent. Il faut donc rendre visible ce qui se bâtit.
Ce que je refuse — avec toute la clarté dont je suis capable — c'est l'ivresse des armements pour eux-mêmes. Les missiles et les budgets militaires ne sont que des moyens, jamais une fin. Ce qu'une Europe libre défend, c'est la dignité de choisir son propre avenir, de dialoguer d'égal à égal, de rester un espace où les idées circulent et où les peuples ne sont point des marchandises ou des enjeux de jeu de puissance. Kant l'avait entrevu : une fédération d'États libres, un droit cosmopolite. L'Europe d'aujourd'hui, en dotant ses bras de force réelle, fait un premier pas vers cette Europe-là — non moins pacifiste, mais lucide enfin sur les conditions de la paix.
« La dignité des nations, et le dialogue contre l’empire », par José Martí
Le monde se refait, mais non selon l'ordre que souhaitent ceux qui le dominaient. Les États-Unis frappent le Canada de droits de douane tout en le raillant d'annexion — symbole cru d'une puissance qui use la douane comme arme de contrainte envers ses alliés mêmes. Or cette arme révèle une vérité que nous connaissons bien dans nos Amériques : quand le fort impose ses tarifs au faible en le sommant de dresser contre le reste du monde les mêmes barrières, il n'y a plus d'accord entre égaux, mais tutelle. Cela s'appelle : refuser que le voisin pense par lui-même. Pendant ce temps, l'ordre créé en 1945 s'effrite — le Conseil de sécurité de l'ONU, où cinq membres permanents tiennent le monde en otage, traverse une crise que nul ne peut nier. L'Afrique, l'Amérique latine, l'Asie-Pacifique demeurent sous-représentées. Les murs se lèvent là où devrait régner un dialogue entre peuples égaux.
Mais il existe une autre voie — non la soumission, non la haine, mais l'exigence claire que l'architecture commune soit refondée. Le « Pacte pour l'avenir » et l'« Initiative ONU80 » posent les termes : un Conseil « plus représentatif, inclusif, transparent » ; une limitation — non l'abolition — du droit de veto ; les voix longtemps étouffées enfin écoutées. Ce n'est pas une faveur qu'on accorde aux petits : c'est une justice qu'on doit à tout homme qui pense. La coopération Sud-Sud, régionale, continentale, entre peuples qui cherchent l'égalité plutôt que le pouvoir, propose une dignité qu'aucune arme douanière ne peut acheter. L'Europe elle-même le comprend, qui s'efforce d'une « autonomie stratégique » non pour dominer, mais pour ne point subir. Voilà le travail : que chaque nation, petite ou grande, se reconnaisse égale en dignité et puisse parler sans crainte.
La jeunesse du monde, divisée sur tant de questions, s'accorde sur une exigence transfrontalière : l'urgence d'un ordre juste. Elle sait que l'avenir ne peut se bâtir sur les veto des puissants ni sur l'appétit de ceux qui veulent annexer par la raillerie. Elle sait aussi — c'est sa force — que la dignité, une fois honorée, vaut mieux que toute arme. Refaire le monde n'est point impossible. Cela suppose que nous cessions de peser les nations au poids de leur puissance, et que nous les mesurions à la noblesse de leurs intentions.
« La fracture peut se recoudre : la jeunesse et le monde à venir », par Rabindranath Tagore
Regarder le monde en ce milieu de 2026, c'est voir d'abord ce qui se déchire. L'accord commercial nord-américain se négocie à coups de tarifs brandis comme armes ; le Conseil de sécurité de l'ONU, conçu en 1945 pour un monde qui n'existe plus, se paralyse sur Gaza et l'Ukraine tandis que ses cinq maîtres ne représentent qu'une minorité de l'humanité ; les démocraties elles-mêmes se fissurent de l'intérieur, la confiance s'effondre, et jusque dans les familles les peuples se dressent les uns contre les autres. C'est un moment de rupture, où l'ordre ancien s'use et où personne ne sait encore la forme de ce qui naîtra. Mais voilà ce qu'on oublie : ce qui s'est fracturé peut se recoudre. La déchirure n'est pas une sentence. Elle est une épreuve, et dans toute épreuve gît l'occasion de penser autrement.
Car une génération entière a déjà commence ce travail de recouture. Pour la première fois dans l'histoire, il existe une jeunesse dont la conscience des enjeux dépasse radicalement les frontières de la nation. Le changement climatique, qui n'obéit pas aux douanes ni aux traités, s'est gravé dans les esprits d'enfants d'une centaine de pays presque simultanément, nés du même geste solitaire essaimé partout. Et cette conscience-là n'est pas divisée par les nationalismes étroits qui paralysent leurs aînés : elle traverse les camps, les idéologies, les continents. Elle pense d'emblée planétaire parce qu'elle doit survivre planétaire. Ce mouvement ne résout rien en soi, mais il signale quelque chose d'irréversible : la conscience du lien.
Des réformes longues s'amorceront, des accords se renégocieront, des institutions seront refondues—sans doute maladroitement d'abord, car refaire le monde n'est jamais affaire de perfectionnistes. Mais ce qu'il convient de ne pas perdre de vue, c'est que la génération qui porte cette conscience nouvelle ne se soumettra pas à la vieille division des peuples. Elle construira autre chose parce qu'elle y est forcée, et parce qu'elle en aperçoit, déjà, les contours. La fraternité des peuples ne sera pas l'œuvre d'une belle âme. Elle sera l'œuvre des vivants, qui la font à chaque instant où ils choisissent la pensée commune contre la haine érigée en patrie.